(Publié à l’origine le 26 avril 2007)
L’un de mes jeux préférés lorsque j’étais enfant était de jouer avec des briques LEGO. Aujourd’hui, j’aimerais revenir un peu sur ces souvenirs.
Parfois, je jouais avec des amis proches, mais la plupart du temps, je construisais seul, en silence.
« Je vais faire une maison », « Un train et une gare », « Un vaisseau spatial ! » — tout en tenant les briques, j’imaginais vaguement une structure.
Ce qui était fascinant, c’était de voir les formes évoluer entre mes mains, souvent au-delà de mon imagination initiale. L’émerveillement, l’immersion totale : un plaisir profond.
Ce que je voyais devant moi n’aurait jamais pu exister uniquement dans mon imagination. Ce résultat tangible était source d’une immense satisfaction.
De l’imagination à la création, puis à la réalité : ce saut perceptif était au cœur de la valeur de ce jeu.
Quand on me demandait en cours de construction : « Qu’est-ce que tu fais ? », je n’avais pas de réponse. Cette question me sortait du flux créatif, me mettait mal à l’aise.
Car moi-même, je ne savais pas encore ce que je construisais. Je voulais simplement donner forme à quelque chose d’encore invisible.
Avec le recul, je pense que cette gêne venait du fait que mon désir brut était mis à nu, observé.
Je me souviens en particulier d’une « nacelle » ou « île artificielle ». Ce n’était pas un vrai bateau, mais plutôt une île flottante. J’ai fini par construire de plus en plus d’îles, souvent mobiles pour une raison obscure.
Ces créations traçaient une limite claire entre l’intérieur (l’île) et l’extérieur (la mer). Je construisais des digues, des bâtiments, j’imaginais des extensions.
Ici, la mer n’est pas un simple fond comme dans la peinture occidentale, mais plutôt un vide symbolique à la manière de l’estampe japonaise.
L’île n’est pas un élément du paysage, mais une entité autonome qui se développe par elle-même.
Il n’y avait pas de structure pré-établie. Peut-être juste un port, quelque part.
Parfois, je modifiais la forme selon une intuition, ou je plaçais des tours à des endroits absurdes. Loin des normes, l’île se déployait d’elle-même à travers moi.
En écrivant cela, je me rends compte à quel point c’est proche du processus de composition musicale : les formes naissent dans le dialogue entre idées et sons réels.
Ce n’est pas comme composer avec un plan précis ou remplir une structure toute faite.
C’est plutôt chercher une matière qui finit par engendrer sa propre forme — comme l’histoire de l’œuf et la poule.
(Plutôt que de penser cela comme une forme musicale au sens classique, il faudrait peut-être y voir une formation gestalique. À approfondir.)
Quand on oublie que la forme ne préexiste pas, on finit par l’utiliser comme un moule. Je l’ai souvent fait.
Comme quand, en jouant, je faisais une copie fade d’un objet réel : en composition aussi, je ressens le vide quand la forme ne naît pas organiquement.
Je veux rester à l’écoute de l’œuvre en train de naître, percevoir finement la direction dans laquelle elle veut croître.
Je crois avoir retrouvé ici l’un des sens de « revenir à l’essentiel » pour moi.